Le spin des particules

Difficulté : ⚛⚛⚛ Niveau 3 — Avancé

Lorsqu’on décrit une particule élémentaire, on pense spontanément à sa masse ou à sa charge électrique. Ces propriétés nous semblent familières, car elles se manifestent à notre échelle : la masse à travers l’inertie ou la gravitation, la charge électrique à travers l’attraction, la répulsion ou les courants électriques. Le spin, en revanche, paraît beaucoup plus mystérieux. On le rencontre très vite en physique quantique, mais il est difficile de lui associer une image simple.

Le mot lui-même prête à confusion. En anglais, spin évoque l’idée d’une rotation, comme celle d’une toupie ou d’une planète tournant sur elle-même. Historiquement, c’est d’ailleurs ainsi que les physiciens ont d’abord tenté de l’interpréter : l’électron posséderait une sorte de rotation propre, un moment cinétique interne. Mais cette image, aussi intuitive soit-elle, ne fonctionne pas. Un électron n’est pas une petite bille chargée qui tourne autour d’un axe. Si l’on pousse cette analogie jusqu’au bout, elle conduit même à des contradictions avec la relativité restreinte.

Le spin doit donc être compris autrement. Il ne s’agit pas d’une rotation mécanique dans l’espace, mais d’une propriété intrinsèque des particules quantiques, au même titre que la charge électrique. On ne peut pas vraiment le visualiser ; on l’identifie par ses effets. Après tout, nous ne savons pas davantage ce qu’est “réellement” la charge électrique d’un électron. Nous en observons les manifestations : attraction, répulsion, interaction avec le champ électromagnétique. Il en va de même pour le spin : il se révèle dans les spectres atomiques, dans l’interaction des particules avec les champs magnétiques, ou encore dans l’expérience de Stern et Gerlach.

Le spin n’est donc pas une propriété accessoire. Sans lui, les électrons ne se répartiraient pas en couches autour des noyaux, la chimie serait méconnaissable, et la matière n’aurait pas la stabilité que nous observons. Il intervient dans le principe d’exclusion de Pauli, dans la structure fine des raies spectrales, dans les propriétés magnétiques des matériaux, et même dans des phénomènes astrophysiques comme la raie à 21 cm de l’hydrogène.

L’histoire du spin commence précisément par une série d’énigmes. À la fin du 19ème siècle et au début du 20ème, plusieurs observations résistent aux modèles disponibles : certaines raies spectrales se dédoublent d’une manière inattendue, l’effet Zeeman anormal refuse d’entrer dans le cadre théorique de l’époque, et la répartition des électrons dans les atomes ne s’explique pas complètement. Puis l’expérience de Stern et Gerlach révèle un résultat frappant : un faisceau d’atomes soumis à un champ magnétique inhomogène ne forme pas une trace continue, mais se sépare en deux taches distinctes.

Peu à peu, les physiciens comprennent qu’il manque quelque chose dans la description des particules. Pauli introduira d’abord un quatrième nombre quantique, nécessaire pour rendre compte des observations. Uhlenbeck et Goudsmit proposeront ensuite d’y voir un moment cinétique propre de l’électron, qu’ils appelleront spin. Enfin, avec l’équation de Dirac, cette propriété cessera d’apparaître comme un ajout artificiel : elle émergera naturellement d’une théorie quantique compatible avec la relativité.

Dans cet article, nous allons retracer cette histoire, depuis les premières anomalies spectroscopiques jusqu’à la formulation moderne du spin. L’objectif n’est pas de donner au spin une image classique, car cette image n’existe pas vraiment. Il s’agit plutôt de comprendre pourquoi cette propriété a dû être introduite, comment elle s’est imposée, et pourquoi elle est devenue indispensable pour décrire les particules et la matière.

Le spin et les limites de l’intuition classique

Le mot spin est souvent source de confusion, car il évoque immédiatement l’idée d’une rotation. Historiquement, cette appellation provient du fait que les premières tentatives d’interprétation associaient cette propriété à une sorte de rotation de la particule sur elle-même. Pourtant, cette image est aujourd’hui reconnue comme trompeuse.

Le spin ne doit pas être compris comme une rotation classique comparable à celle d’une planète, d’une toupie ou d’une bille tournant sur elle-même. Une particule élémentaire comme l’électron n’est pas un petit objet matériel doté d’une surface et d’un axe de rotation au sens ordinaire. Le spin est une propriété intrinsèque des particules quantiques, au même titre que leur masse ou leur charge électrique.

Cette difficulté provient du fait que notre intuition est profondément façonnée par le monde macroscopique. Nous avons l’habitude d’associer les concepts physiques à des images concrètes : une masse évoque un objet lourd, une charge électrique renvoie à l’électricité statique ou aux courants électriques, une rotation correspond à un mouvement observable dans l’espace. Mais ces représentations deviennent insuffisantes dès que l’on descend à l’échelle microscopique.

En réalité, même des notions qui nous semblent familières comme la masse ou la charge électrique sont beaucoup plus abstraites qu’il n’y paraît. Dans le cadre de la physique moderne, la masse d’une particule élémentaire ne correspond pas à une simple « quantité de matière » : elle résulte de l’interaction de cette particule avec le champ de Higgs. De même, la charge électrique peut être interprétée comme l’intensité du couplage entre les champs fermioniques décrivant les particules de matière et le champ électromagnétique.

Le spin appartient à cette même catégorie de propriétés fondamentales qui n’ont pas d’équivalent exact dans notre expérience quotidienne. Il caractérise la manière dont une particule se comporte vis-à-vis des rotations, des champs magnétiques et des symétries de l’espace-temps. Il intervient directement dans la structure des atomes, dans les propriétés magnétiques de la matière, dans la spectroscopie, mais aussi dans l’organisation même de la physique quantique relativiste.

Ainsi, chercher à « visualiser » le spin comme une rotation mécanique conduit généralement à des paradoxes ou à des images incorrectes. Le spin doit plutôt être accepté comme une grandeur quantique fondamentale, dont la signification physique se révèle à travers ses effets expérimentaux : dédoublement des raies spectrales, expérience de Stern et Gerlach, structure fine de l’hydrogène, moment magnétique des particules, ou encore raie à 21 cm de l’hydrogène.

L’histoire du spin illustre parfaitement une idée centrale de la physique moderne : les concepts fondamentaux ne sont pas nécessairement réductibles à des images intuitives héritées du monde macroscopique. Ce sont souvent les expériences, puis les structures mathématiques capables de les décrire, qui nous révèlent progressivement la véritable nature des propriétés physiques.

 

L’effet Zeeman anormal

À partir de 1896, Pieter Zeeman étudie l’effet d’un champ magnétique sur les raies spectrales émises par les atomes. Lorsqu’un atome est placé dans un champ magnétique, certaines raies de son spectre d’émission se dédoublent : c’est ce qu’on appelle l’effet Zeeman[1]. Ce phénomène est analogue à l’effet Stark, découvert plus tard (en 1913[2]) par Johannes Stark, qui montre une séparation des raies sous l’effet d’un champ électrique.

Zeeman commence par étudier des atomes tels que le zinc ou le cadmium, qui ont deux électrons externes. Il observe alors un comportement attendu : une raie qui se divise en un nombre impair de composantes (souvent une ou trois), conformément au modèle théorique de Hendrik Lorentz. Ce modèle, bien que classique, attribue la séparation des raies à l’action du champ magnétique sur le moment cinétique orbital des électrons.

Mais lorsqu’il répète l’expérience avec des atomes alcalins (comme le sodium ou le potassium), qui n’ont qu’un seul électron de valence, les résultats sont déconcertants : il observe quatre raies, alors que le modèle n’en prédit que trois. Ce comportement inattendu est baptisé effet Zeeman anormal. Il restera inexpliqué pendant plusieurs décennies, même après les débuts de la mécanique quantique.

Aujourd’hui, nous savons que cette anomalie vient du spin de l’électron, une propriété quantique intrinsèque qui n’était pas connue à l’époque. Lorsqu’un atome possède deux électrons de valence (comme dans le cas du zinc), leurs spins peuvent se compenser, ce qui rend leur moment magnétique total nul. Mais dans les atomes alcalins, où un seul électron externe est présent, son spin génère un moment magnétique propre, qui interagit avec le champ magnétique appliqué, provoquant une structure de raies plus complexe.

Dans le cadre du modèle de Bohr-Sommerfeld, les états quantiques des électrons étaient décrits à l’aide de trois nombres quantiques (n, l, m), qui permettaient déjà de prédire certaines structures fines. Mais même avec ces raffinements, l’effet Zeeman anormal restait hors de portée de la physique de l’époque. Son explication nécessitera l’introduction d’un quatrième nombre quantique, que Pauli proposera en 1925 : celui lié au spin.

Petite digression linguistique : on parle parfois d’effet « anomal » en français, ce qui est un anglicisme dérivé de anomalous Zeeman effect. Zeeman lui-même n’a jamais utilisé ni ce terme ni sa traduction française. Le terme « anormal », bien établi aujourd’hui, est suffisant.

 

La structure fine des raies spectrales de l’hydrogène

À partir de la fin du 19ème siècle et au début du 20ème, l’étude des spectres atomiques révèle des détails fascinants et inattendus. Les physiciens remarquent que certaines raies spectrales, notamment celles de l’hydrogène, ne sont pas strictement simples : elles apparaissent légèrement fractionnées, formant des doublets ou des quadruplets très rapprochés. Ces fractionnements, observés avec des instruments de plus en plus précis, sont connus sous le nom de structure fine des raies spectrales et commencent à être mesurés avec soin au début des années 1910 grâce aux progrès de la spectroscopie.

Le modèle atomique de Bohr, proposé en 1913, explique avec succès la position globale des raies spectrales de l’hydrogène en introduisant des orbites quantifiées pour l’électron. Cependant, ce modèle ne peut rendre compte de ces fractionnements subtils. Arnold Sommerfeld, dans les années 1915‑1916, apporte un raffinement au modèle de Bohr en introduisant la relativité restreinte et en permettant aux orbites électroniques d’être elliptiques plutôt que parfaitement circulaires. Grâce à cette généralisation, il propose un quatrième nombre quantique, lié à la forme de l’orbite, et introduit le concept de moment cinétique relativiste. Cela permet d’expliquer en partie la division fine des raies spectrales, en tenant compte du couplage entre le mouvement orbital de l’électron et sa vitesse.

Pour autant, l’explication de Sommerfeld n’est pas entièrement satisfaisante. Elle repose sur une extension semi-classique du modèle de Bohr et ne prend pas en compte certains effets observés, notamment la multiplicité exacte des composantes des doublets et la manière dont elles réagissent aux champs magnétiques externes. Le modèle ne permet pas non plus de rendre compte de la structure fine dans des atomes plus complexes. Ces limitations laissent une part importante d’énigme dans la compréhension des spectres, et montrent que la physique classique et même le modèle quantique initial de Bohr ne suffisent pas à décrire pleinement le comportement des électrons.

Ce n’est qu’avec la prise en compte du spin de l’électron, introduit par Pauli en 1925, que la structure fine pourra être expliquée de manière complète. Le spin fournit un nouveau degré de liberté, qui interagit avec le moment orbital de l’électron et avec les champs magnétiques internes à l’atome, donnant naissance au dédoublement observé expérimentalement et justifiant le fractionnement précis des raies. Ainsi, la structure fine apparaît comme un premier indice de l’existence d’une propriété intrinsèque et purement quantique de l’électron, que la mécanique classique était incapable de prévoir.

 

L’occupation des orbites et le principe d’exclusion

Un autre mystère qui persistait au début du 20ème siècle concernait la manière dont les électrons se répartissaient dans les orbites de l’atome. Selon le modèle de Bohr-Sommerfeld, les électrons devraient remplir les niveaux d’énergie en commençant par celui de plus basse énergie, et chaque niveau pouvait accueillir un nombre limité d’électrons en fonction de leur moment cinétique orbital. Pourtant, les observations spectroscopiques et les propriétés chimiques des éléments montraient que cette règle simple ne suffisait pas à expliquer la structure électronique réelle des atomes.

En particulier, certains éléments présentaient des comportements chimiques qui suggéraient que deux électrons ne pouvaient pas occuper le même état quantique au sein d’un même atome, même si tous les nombres quantiques du modèle de Bohr étaient identiques. Cette anomalie ne pouvait être résolue ni par les nombres quantiques n, l, m utilisés jusque-là, ni par les raffinements de Sommerfeld. Les spectres atomiques et la stabilité chimique des éléments indiquaient qu’il existait une propriété intrinsèque supplémentaire, encore inconnue, qui régissait l’occupation des niveaux électroniques.

C’est Wolfgang Pauli, en 1925, qui proposa une solution élégante à ce problème avec le principe d’exclusion. Selon ce principe, aucun électron dans un atome ne peut posséder exactement le même ensemble de nombres quantiques que celui d’un autre électron. Pour que cette règle fonctionne, il fallait introduire un quatrième nombre quantique, correspondant au spin de l’électron, une propriété intrinsèque qui peut prendre deux valeurs distinctes. Ce simple ajout permettait de comprendre non seulement la structure fine des spectres atomiques, mais aussi la chimie de tous les éléments, en expliquant comment les électrons se distribuent dans les différents niveaux d’énergie et pourquoi certains états sont remplis avant d’autres.

Ainsi, ce troisième problème montre que la réalité quantique dépasse largement les intuitions classiques : la mécanique quantique ne décrit pas seulement l’énergie et la position des électrons, mais introduit de nouvelles propriétés fondamentales, invisibles à notre échelle, qui gouvernent la structure de la matière. Le spin, implicite dans le principe d’exclusion, devient alors central pour comprendre la physique atomique et ouvre la voie à la formulation complète du concept de spin dans la mécanique quantique relativiste.

 

L’expérience de Stern et Gerlach

Parallèlement aux énigmes que représentaient l’effet Zeeman anormal, la structure fine des raies de l’hydrogène et l’occupation des orbites par les électrons, une expérience fondatrice réalisée en 1921[3] par Otto Stern et Walther Gerlach apporta un éclairage décisif sur la nature de cette nouvelle propriété quantique. Leur objectif était d’examiner directement si le moment magnétique associé aux électrons pouvait se manifester sous une forme intrinsèquement quantifiée, comme le suggéraient déjà les indices issus des spectres et des anomalies précédentes. En d’autres termes, il s’agissait de tester expérimentalement l’existence d’un degré de liberté discret et invisible à l’échelle classique, qui pourrait expliquer les fractionnements inexpliqués observés dans les spectres et les anomalies des modèles atomiques existants.

Leur dispositif consistait à faire passer un faisceau d’atomes d’argent entre deux aimants asymétriques : l’un plat, l’autre biseauté. Cette configuration créait un gradient de champ magnétique perpendiculaire à la direction du faisceau. Derrière l’aimant, un écran photographique permettait d’observer la position des atomes après déviation. L’atome d’argent, qui possède 47 électrons, a une configuration électronique [Kr] 4d¹⁰ 5s¹ : toutes les couches internes sont complètes, et le seul électron de valence non apparié est responsable du moment magnétique total de l’atome. Ce dernier se comporte donc, en première approximation, comme un électron isolé.

Les atomes d’argent, étant neutres, ne subissent pas la force de Lorentz. En revanche, leur moment magnétique \(\overrightarrow{\mu}\) interagit avec le champ magnétique inhomogène selon la force :

\[\overrightarrow{F} = \nabla\ \left( \overrightarrow{\mu}\ .\overrightarrow{B} \right)\ \ \approx \ \ \mu_{z}\ \frac{\partial B_{z}}{\partial z}\ \overrightarrow{e_{z}}\ \]

Cette force provoque une déviation du faisceau, vers le haut ou le bas selon l’orientation du moment magnétique.

Stern et Gerlach envisageaient deux scénarios :

  • Dans une approche classique, où le moment magnétique pourrait pointer dans n’importe quelle direction, le faisceau devrait s’étaler en un trait vertical continu sur l’écran.
  • Dans le cadre de la quantification orbitale (par exemple pour un nombre quantique k = 1), on s’attendait à trois raies distinctes, correspondant aux valeurs m = −1, 0, +1.

Mais l’expérience révéla un résultat complètement inattendu : deux taches nettes, symétriques par rapport à l’axe du faisceau, et non trois. Ce résultat ne pouvait être expliqué ni par la mécanique classique, ni par le modèle quantique orbital de l’époque. Il révélait l’existence d’un degré de liberté supplémentaire, discret et binaire, que l’on ne savait pas encore nommer.

Nous savons aujourd’hui que cette bifurcation du faisceau est la première manifestation expérimentale directe du spin de l’électron : une propriété quantique intrinsèque qui lui confère un moment magnétique pouvant prendre seulement deux valeurs possibles, correspondant aux projections de spin ½ ou – ½ ​.

À l’époque, cette idée n’existait pas encore. Le modèle atomique en vigueur était celui de Bohr (et ses extensions par Sommerfeld), dans lequel les électrons étaient décrits par trois nombres quantiques liés à leurs orbites. L’expérience de Stern et Gerlach a ainsi marqué un tournant majeur : c’est la première mise en évidence expérimentale d’une quantification intrinsèque, indépendante du mouvement orbital.

 

L’introduction de la notion de spin par Pauli

La suite de cette histoire est pour beaucoup le fait du physicien autrichien Wolfgang Pauli. Nous allons ici nous concentrer sur la naissance de la notion de spin, et laisser de côté pour l’instant le principe d’exclusion, que nous aborderons dans le chapitre consacré à la découverte des particules du modèle standard.

Pour expliquer certains résultats expérimentaux encore inexpliqués à l’époque, comme l’expérience de Stern et Gerlach ou l’effet Zeeman anormal, Pauli introduit en 1924 une idée nouvelle : il propose qu’il existe, en plus des trois nombres quantiques connus (n, l et m), un quatrième nombre quantique, propre à chaque électron. Ce nouveau degré de liberté ne pouvait prendre que deux valeurs distinctes, mais à ce stade, Pauli ne cherche pas à lui donner une signification physique précise. Il se contente d’en affirmer la nécessité pour rendre compte des observations.

C’est à ce moment-là qu’interviennent deux jeunes physiciens néerlandais, George Uhlenbeck et Samuel Goudsmit[4], qui proposent une interprétation physique de ce mystérieux degré de liberté. En 1925, ils avancent que l’électron possède une propriété intrinsèque, analogue à un moment cinétique interne, qu’ils appellent spin, littéralement « rotation » en anglais. Ils suggèrent que ce moment cinétique est quantifié, ne pouvant prendre que deux valeurs opposées : +ℏ/2 et −ℏ/2. En prolongeant l’analogie entre l’atome et le système solaire, ils imaginent que, comme les planètes tournent sur elles-mêmes, l’électron pourrait lui aussi « tourner » autour de son propre axe.

C’est cette idée qui donne naissance au mot spin, encore utilisé aujourd’hui. Mais cette vision va rapidement se heurter à un problème fondamental : en modélisant l’électron comme une bille chargée en rotation, il faudrait que sa surface tourne à une vitesse bien supérieure à celle de la lumière pour produire le bon moment cinétique, ce qui est incompatible avec la relativité restreinte. Cette interprétation classique du spin sera donc abandonnée. Il deviendra clair par la suite que le spin n’est pas dû à une rotation physique de la particule dans l’espace, mais qu’il s’agit d’une propriété quantique intrinsèque, sans équivalent dans notre monde macroscopique.

Mais qu’est-ce que cela veut dire, exactement ? Pas grand-chose, si l’on cherche une image visuelle. Il faut accepter le spin comme une caractéristique fondamentale des particules, au même titre que la masse ou la charge électrique.  Nous en percevons les conséquences, comme la structure fine des raies spectrales, l’effet Zeeman, ou les résultats de l’expérience de Stern et Gerlach, mais sa nature profonde échappe à notre intuition classique.

À l’époque, cette hypothèse du spin reste encore fragile. Uhlenbeck et Goudsmit eux-mêmes sont mis en garde par Hendrik Lorentz, leur directeur de laboratoire, qui juge l’idée trop spéculative et leur déconseille de publier. Mais leur directeur de thèse, Paul Ehrenfest, leur répondra avec une phrase restée célèbre : « L’idée du spin est peut-être fausse, mais qu’importe : vous êtes jeunes, vous n’avez pas encore de réputation, vous n’avez rien à perdre ! ». Heureusement pour la physique, ils publient leur article.

Quelques années plus tard, en 1927, Wolfgang Pauli donne à cette propriété une formulation mathématique rigoureuse, en introduisant des objets nouveaux dans le formalisme de la mécanique quantique : les matrices de Pauli. Ces matrices, que nous présenterons dans un des chapitres suivants, permettent de représenter le spin comme un opérateur quantique, et d’établir des relations précises entre moment magnétique, spin et interaction avec un champ magnétique.

La « fin » de cette histoire, si tant est qu’il y en ait une, se situe deux ans plus tard, avec la publication par Paul Dirac de son équation relativiste de l’électron. Dans cette équation, le spin n’a même plus besoin d’être introduit artificiellement : il émerge naturellement de la structure mathématique de l’équation. Cela montre à quel point le spin est profondément ancré dans la nature quantique et relativiste des particules.

Le spin n’est d’ailleurs pas une curiosité réservée aux électrons. Il est présent pour tous les fermions, ces particules qui constituent la matière (électrons, quarks, neutrinos, etc.). Leur spin ½, combiné au principe d’exclusion de Pauli, explique pourquoi les électrons dans un atome ne s’accumulent pas tous sur la même orbitale, mais se répartissent dans des couches distinctes. Sans le spin, et sans le principe d’exclusion, il n’y aurait tout simplement pas de chimie, pas d’atomes complexes, pas de matière telle que nous la connaissons.

 

Le principe d’exclusion de Pauli

Après l’introduction du spin comme propriété intrinsèque des électrons, Wolfgang Pauli s’attaqua à une autre énigme majeure de la structure atomique : pourquoi les électrons ne s’accumulent-ils pas tous sur la même orbitale de plus basse énergie ? Cette question, intimement liée au comportement des électrons dans les atomes et à la chimie, ne trouvait pas de réponse satisfaisante dans le cadre de la mécanique quantique naissante.

En 1925[5], Pauli proposa une règle simple mais révolutionnaire : le principe d’exclusion. Il stipule que deux fermions identiques, comme des électrons, ne peuvent jamais occuper simultanément le même état quantique au sein d’un même système. Dans le langage moderne, cela signifie qu’aucune paire d’électrons dans un atome ne peut avoir les mêmes quatre nombres quantiques (n, l, m, et le spin s). Ce principe explique immédiatement la structure des couches électroniques et la manière dont les électrons se répartissent dans les orbitales : la couche la plus basse peut accueillir deux électrons de spins opposés, la suivante quatre, et ainsi de suite.

Le principe d’exclusion n’est pas seulement une règle pratique, il est profondément lié à la nature quantique des fermions. Les particules de spin demi-entier, comme les électrons, obéissent à la statistique de Fermi-Dirac, ce qui implique que leur fonction d’onde totale est antisymétrique sous échange de particules. Cette antisymétrie est exactement ce qui rend impossible la cohabitation de deux fermions identiques dans le même état. En d’autres termes, le principe d’exclusion découle naturellement de la combinaison du spin ½ et de la symétrie de la fonction d’onde, et n’est pas un ajout arbitraire à la théorie.

Les conséquences physiques de ce principe sont immenses. Sans lui, tous les électrons tomberaient dans l’état fondamental le plus bas, et aucune chimie complexe, aucun atome stable ne pourrait exister. C’est le principe d’exclusion qui garantit la structure hiérarchisée des niveaux électroniques, les propriétés chimiques des éléments et, en fin de compte, la formation de la matière telle que nous la connaissons. On peut dire que le principe d’exclusion, combiné au spin, est le fondement de l’existence même de la diversité atomique et moléculaire.

Ce principe, bien que formulé avant la mécanique quantique relativiste, trouve une justification plus complète dans le cadre de l’équation de Dirac. Comme nous le verrons dans le chapitre suivant, l’équation relativiste de l’électron intègre le spin de manière naturelle, et l’antisymétrie des fonctions d’onde des fermions découle directement de cette structure mathématique. Ainsi, le principe d’exclusion apparaît non seulement comme une règle empirique pour organiser les électrons, mais comme une conséquence fondamentale des lois quantiques et relativistes qui régissent la matière.

 

La formulation mathématique de Pauli

En 1927[6], Wolfgang Pauli postule que l’électron possède une propriété intrinsèque nouvelle, qu’il nomme spin. Cette hypothèse n’est pas fondée sur une observation directe, mais sur la nécessité théorique d’expliquer certains phénomènes expérimentaux, en particulier les spectres atomiques et les résultats de l’expérience de Stern et Gerlach.

L’expérience de Stern-Gerlach montre deux faits essentiels :

  • Lorsqu’un faisceau d’atomes d’argent traverse un champ magnétique inhomogène, on n’observe pas une déviation continue, mais deux impacts discrets et symétriques sur un écran placé en sortie du champ.
  • Cette déviation suggère que les particules possèdent un moment magnétique, analogue à celui que produirait une particule en rotation, et qui interagit avec le gradient du champ.

Ainsi, le spin semble se comporter comme un moment cinétique, mais de nature intrinsèque, c’est-à-dire non lié à un mouvement orbital classique. Pour en faire le lien avec le magnétisme, rappelons qu’en physique classique, une particule en rotation génère un moment magnétique proportionnel à son moment cinétique. On écrit cette relation sous la forme :

\[\overrightarrow{\mu} = \ \gamma_{0}\ \overrightarrow{L}\ avec\ \gamma_{0} = \frac{- q}{2m}\ le\ rapport\ gyromagnétique\]

C’est l’expression classique d’un système chargé en rotation, qui engendre un champ magnétique.

En transposant ce principe à la mécanique quantique via le principe de correspondance, on associe un opérateur de moment magnétique intrinsèque \(\widehat{\mathbf{\mu}}\) au spin \(\widehat{S}\) de l’électron :

\[\widehat{\mu} = \ \gamma_{0}\ \widehat{S}\]

Sur cette base, Pauli enrichit l’équation de Schrödinger en y ajoutant des matrices de spin agissant sur des fonctions d’onde à deux composantes, les fameux spineurs de Pauli. Il développe ainsi une description mathématique du spin dans le cadre de la mécanique quantique non relativiste. En introduisant ces matrices, il rend compte correctement de la structure discrète des niveaux d’énergie liés au spin, comme l’atteste la déviation binaire observée dans l’expérience de Stern-Gerlach.

En appliquant ensuite l’équation de Schrödinger modifiée, avec un champ magnétique inhomogène supposé linéaire, on parvient après un calcul assez technique à relier l’écartement des deux taches sur l’écran aux paramètres physiques du dispositif : vitesse des atomes, longueur de l’aimant, gradient du champ et moment magnétique. Le caractère aléatoire du spin est intégré naturellement : chaque atome d’argent a une probabilité de 50 % d’être dévié vers le haut ou vers le bas. C’est cette distribution statistique qui donne, finalement, les deux taches symétriques observées expérimentalement. Le modèle proposé par Pauli apparaît donc en accord avec l’expérience, et fournit une première modélisation cohérente du spin dans le cadre de la mécanique quantique.

Parenthèse mathématique – La modélisation mathématique du spin

Ce formalisme introduit par Pauli représente une avancée majeure : il permet de traiter le spin de manière cohérente dans le cadre de la mécanique quantique non relativiste et d’expliquer quantitativement les observations expérimentales, comme l’expérience de Stern-Gerlach. Toutefois, il reste limité à des situations où les effets relativistes sont négligeables. À des vitesses proches de celle de la lumière, ou lorsqu’on cherche à décrire le comportement d’électrons dans des champs électromagnétiques intenses, la mécanique quantique non relativiste ne suffit plus.

C’est pour répondre à ces limites que Paul Dirac, en 1928, entreprend de construire une équation de mouvement pour l’électron pleinement compatible avec la relativité restreinte. Dans ce nouveau cadre, le spin n’est plus introduit « à la main » : il émerge directement de la structure mathématique de l’équation, révélant que cette propriété intrinsèque des particules est intimement liée à la symétrie fondamentale de l’espace-temps. La transition du formalisme de Pauli à celui de Dirac marque ainsi un passage essentiel, du traitement non relativiste du spin à sa compréhension complète au sein d’une théorie quantique relativiste.

 

L’équation de Dirac

L’histoire du spin trouve sa conclusion naturelle avec la publication, en 1928, de l’équation relativiste de l’électron par Paul Dirac. Nous avons détaillé la proposition de cette équation par Dirac et ses conséquences dans un article dédié. De façon synthétique, elle avait pour objectif de concilier la mécanique quantique avec la relativité restreinte, ce qui n’était pas possible avec l’équation de Schrödinger. L’intuition de Dirac était simple mais audacieuse : il cherchait une équation linéaire en dérivées temporelles et spatiales qui respecte les symétries de l’espace-temps relativiste. La solution qu’il proposa introduit un formalisme à quatre composantes, les bispineurs, qui permet de décrire l’électron tout en incluant intrinsèquement de nouvelles propriétés.

Deux caractéristiques majeures apparaissent immédiatement. Tout d’abord, le spin de l’électron émerge naturellement du formalisme, sans qu’il soit nécessaire de l’ajouter artificiellement. Les deux projections possibles du spin sont intégrées dans les composantes du bispineur, ce qui explique de manière cohérente les observations expérimentales comme celles de Stern et Gerlach. Ensuite, l’équation admet des solutions d’énergie négative, ce qui conduit à la prédiction de l’antimatière, matérialisée quelques années plus tard par la découverte du positron.

Ainsi, l’équation de Dirac ne se contente pas de généraliser la mécanique quantique au domaine relativiste : elle révèle que le spin et l’antimatière sont des conséquences directes de la cohérence entre mécanique quantique et relativité. Dans ce sens, le spin cesse d’être une curiosité expérimentale et devient une propriété fondamentale et incontournable de la matière. Pour les aspects mathématiques détaillés et l’interprétation complète de l’équation de Dirac, on renverra à l’article spécifique consacré à ce sujet.

 

Spin et symétries de l’espace-temps

Enfin, il est intéressant de noter qu’il existe une approche plus fondamentale, qui émerge de la théorie quantique des champs (QFT), et qui permet de comprendre le spin comme une conséquence directe des symétries de l’espace-temps. Dans cette approche lagrangienne, un système physique est décrit par une fonction appelée lagrangien, \(\mathcal{L}\), qui dépend des champs et de leurs dérivées. La forme du lagrangien est déterminée par le principe de symétrie : il doit rester invariant sous les transformations du groupe de Lorentz, c’est-à-dire les rotations et les boosts relativistes de l’espace-temps.

Pour une particule de spin \(1/2\), comme l’électron, le champ fondamental est un bispineur \(\psi(x)\), fonction de la position et du temps. Le lagrangien libre associé à ce champ est donné par :

\[\mathcal{L =}\overset{ˉ}{\psi\ }\left( i\gamma^{\mu}\partial_{\mu} – m \right)\psi\]

Où \(\overset{ˉ}{\psi} = \psi^{\dagger}\gamma^{0}\ \)est le bispineur conjugué de Dirac, \(m\ \)la masse de la particule, et les matrices de Dirac \(\gamma^{\mu}\)(\(\mu = 0,1,2,3\)) satisfont l’algèbre de Clifford :

\[\gamma^{\mu},\gamma^{\nu} = 2g^{\mu\nu}\mathbb{I}_{4}\]

Avec \(g^{\mu\nu}\ \)la métrique de Minkowski et \(\mathbb{I}_{4}\ \)la matrice identité \(4 \times 4\). L’équation du mouvement obtenue en appliquant le principe de moindre action, \(\delta\mathcal{\int L}\text{ }d^{4}x = 0\), est précisément l’équation de Dirac :

\[\left( i\gamma^{\mu}\partial_{\mu} – m \right)\psi = 0\]

Dans ce cadre, le spin apparaît naturellement : il correspond à la manière dont les bispineurs se transforment sous les rotations du groupe de Lorentz. Les particules de spin \(1/2\ \)ne reviennent pas à leur état initial après une rotation de \(360^{\circ}\), mais seulement après \(720^{\circ}\), ce qui est directement encodé dans la représentation spinorielle de Lorentz. Ainsi, le spin n’est pas introduit de manière ad hoc, mais découle des exigences de symétrie fondamentale de l’espace-temps.

Cette perspective plus géométrique et profonde fournit un lien direct entre le formalisme relativiste de Dirac et la théorie quantique des champs : les particules sont décrites par des champs quantiques, leur spin est une manifestation de la représentation des symétries de Lorentz, et les interactions peuvent être ajoutées en modifiant le lagrangien tout en respectant ces symétries. Ce cadre sera exploré plus en détail dans les articles consacrés aux champs quantiques libres et aux interactions en théorie quantique des champs.

 

La raie à 21 cm de l’hydrogène : spin et fenêtre sur l’Univers

Pour illustrer concrètement l’importance du spin dans la compréhension de l’Univers, on peut s’intéresser à un phénomène fondamental en astrophysique : la raie hyperfine de l’hydrogène, connue sous le nom de raie à 21 cm. Cette raie correspond à une transition énergétique extrêmement fine au sein de l’atome d’hydrogène, liée à l’orientation relative des spins de l’électron et du proton constituant le noyau. Lorsque les spins sont parallèles, l’atome se trouve dans un état légèrement excité par rapport à l’état antiparallèle, et la transition entre ces deux configurations émet un photon de très faible énergie, correspondant à une longueur d’onde d’environ 21 cm, soit une fréquence de 1420 MHz.

Cette transition est remarquable par sa rareté : pour un atome isolé, la probabilité de basculer spontanément de l’état excité à l’état fondamental est extrêmement faible, avec une demi-vie de l’ordre de 10 millions d’années. Néanmoins, l’abondance colossale de l’hydrogène neutre dans le milieu interstellaire rend cette émission observable à l’échelle galactique et même cosmologique. Ainsi, malgré le caractère rare de l’événement à l’échelle atomique, le signal collectif devient suffisamment intense pour être détecté par les radiotélescopes modernes.

L’observation de la raie hyperfine a permis de réaliser des cartes détaillées de l’hydrogène dans notre galaxie. Les astronomes ont pu tracer la distribution des nuages d’hydrogène, révéler la structure spirale de la Voie lactée et mesurer sa rotation différentielle. La précision des mesures est telle que la raie à 21 cm est devenue un outil indispensable pour étudier non seulement la dynamique des galaxies, mais aussi la distribution de la matière dans l’Univers local.

Au-delà de son rôle dans l’astronomie galactique, la raie hyperfine ouvre une fenêtre unique sur la cosmologie. Elle permet d’étudier des périodes obscures de l’histoire de l’Univers, souvent appelées les « âges sombres », lorsque l’hydrogène neutre dominait avant la formation des premières étoiles et galaxies. L’émission à 21 cm fournit ainsi un moyen de sonder directement la densité et la température du gaz primordial, et de reconstruire l’évolution de l’Univers à ses premiers stades, avant que la lumière des étoiles ne vienne l’illuminer.

Ce lien entre le spin des particules et l’observation astronomique souligne à quel point une propriété fondamentale de la physique quantique influence la structure et l’histoire de l’Univers observable. Le simple fait que l’orientation d’un électron et d’un proton dans un atome d’hydrogène puisse produire un signal détectable à des milliards de kilomètres démontre la puissance des principes microscopiques pour éclairer les phénomènes cosmiques.

 

Conclusion

La notion de spin s’est imposée progressivement, au croisement de l’observation expérimentale et de la reformulation théorique. D’abord introduit pour expliquer l’effet Zeeman anormal et les résultats de l’expérience de Stern et Gerlach, ce nouveau degré de liberté des particules a révélé sa portée bien au-delà de ces premières anomalies.

Le spin n’est pas un artefact mathématique : c’est une propriété intrinsèque fondamentale, au même titre que la charge électrique. Il apparaît naturellement dans l’équation de Dirac, et sa formalisation mathématique, notamment à travers les matrices de Pauli et les spineurs, a permis de comprendre comment il s’inscrit dans les symétries de l’espace-temps décrites par la relativité restreinte.

Plus encore, le spin joue un rôle structurant dans l’organisation de la matière. C’est à travers lui que s’exprime le principe d’exclusion de Pauli, qui interdit à deux fermions d’occuper le même état quantique. Sans cette propriété, les atomes n’auraient pas de structure, les couches électroniques n’existeraient pas, et la matière serait radicalement différente.

Cette compréhension nouvelle du spin et de ses implications ouvre naturellement sur une reformulation plus profonde de la mécanique quantique : la quantification des champs. Pour décrire des processus où les particules peuvent apparaître, disparaître ou interagir, il devient nécessaire de dépasser le cadre des fonctions d’onde individuelles, ce que permet la quantification canonique.

  1. Pieter Zeeman, “Doublets and triplets in the spectrum produced by external magnetic forces”, Philosophical magazine, 44, 1897
  2. Johannes Stark, „Beobachtung über den Effekt des elektrischen Feldes auf Spektrallinien“, Annalen der Physik, 43, 1914
  3. Walter Gerlach und Otto Stern, „Das magnetische Moment des Silber Atoms“, Zeitschrift für Physik, 9, 1922
  4. Uhlenbeck, G. E., & Goudsmit, S.,Ersetzung der Hypothese vom unmechanischen Zwang durch eine Forderung bezüglich des inneren Verhaltens jedes einzelnen Elektrons“. Naturwissenschaften, 13(47), 953–954, 1925. „Spinning Electrons and the Structure of Spectra”. Nature, 117 (2947), 264–265, 1926
  5. Wolfgang Pauli, “Über den Zusammenhang des Abschlusses der Elektronengruppen im Atom mit der Komplexstruktur der Spektren”. Zeitschrift für Physik, 31, 765–783, 1925
  6. Wolfgang Pauli, “Zur Quantenmechanik des magnetischen Elektrons”, Zeitschrift für Physik, 43, 1927

Laisser un commentaire