Les neutrinos, bien qu’extrêmement légers et faiblement interactifs, sont produits en abondance dans de nombreux processus physiques, tant terrestres qu’astrophysiques. Cependant, selon le type de réaction ou d’environnement considéré, ce sont essentiellement les neutrinos électroniques (\(\nu_{e}\)) qui sont produits en grand nombre. Cette prédominance s’explique par le fait que la plupart des réactions nucléaires naturelles ou artificielles, notamment les désintégrations bêta, génèrent des électrons accompagnés de neutrinos électroniques. Les expériences historiques sur les neutrinos, qu’elles soient liées aux réacteurs ou au Soleil, ont donc d’abord ciblé ce type de neutrino, car il représente la voie la plus accessible pour leur détection et leur étude.
Les neutrinos électroniques sont fondamentalement liés à la désintégration béta, c’est-à-dire à la transformation d’un proton en neutron ou inversement, et plus fondamentalement à la transformation d’un quark down en quark up et inversement via l’interaction faible. Toute source de radioactivité béta est donc une source de production de neutrinos électroniques. A titre d’exemple un corps humain qui contient entre autres du potassium 40 radioactif présent dans les os émet environ 5 000 neutrinos électroniques par seconde. C’est anecdotique par rapport aux autres sources de neutrinos, comme ceux émis par le Soleil (environ 7×1014 traversent notre corps chaque seconde).
Ce chapitre explore les principales sources de production de neutrinos, en mettant en évidence les mécanismes qui conduisent à leur émission et les caractéristiques qui les distinguent. Nous examinerons d’abord les neutrinos solaires, issus des réactions nucléaires au cœur du Soleil, avant de considérer les autres neutrinos astrophysiques, produits lors du Big Bang ou dans les explosions de supernovæ. Ensuite, nous décrirons les neutrinos terrestres, qu’ils soient d’origine atmosphérique ou générés par les désintégrations naturelles au sein de la croûte terrestre. Enfin, nous aborderons les neutrinos artificiels, produits dans les réacteurs nucléaires ou dans des accélérateurs, qui constituent aujourd’hui des sources expérimentales majeures pour étudier ces particules insaisissables et leurs propriétés fondamentales, comme leur interaction faible ou leur capacité à osciller entre différentes saveurs.
Les neutrinos solaires
Le Soleil est de loin la source la plus abondante de neutrinos observables depuis la Terre : chaque seconde, environ 60 milliards de neutrinos solaires traversent chaque centimètre carré de notre planète. À titre de comparaison, les neutrinos produits par la radioactivité naturelle dans la croûte terrestre ou par les réacteurs nucléaires sont négligeables, de l’ordre de quelques milliers à quelques millions par centimètre carré et par seconde.
Ces neutrinos solaires sont produits par les réactions nucléaires au cœur de l’astre, principalement via le cycle proton-proton, qui convertit quatre protons en un noyau d’hélium-4, libérant de l’énergie sous forme de rayonnement et de particules. À chaque étape de ce cycle, des neutrinos électroniques (\(\nu_{e}\)) sont émis, en particulier lors de la fusion du deutérium et de l’hélium-3, de la transformation du béryllium-7 en lithium-7, et de la désintégration du bore-8 :
\[4p\ \rightarrow \ _{\ }^{4}{He}\ + \ 2\ e^{+}\ + \ 2\ \nu_{e}\]
\[_{\ }^{7}{Be}\ + e^{-}\ \rightarrow \ _{\ }^{7}{Li}\ + \ \ \nu_{e}\]
\[_{\ }^{7}{Be}\ + \ p\ \rightarrow \ _{\ }^{8}B\ + \ \gamma\ \rightarrow \ _{\ }^{8}{Be}\ + \ e^{+}\ + \ \nu_{e}\ \ \ et\ \ \ _{\ }^{8}{Be}\ \rightarrow \ 2\ _{\ }^{4}{He}\]
Le flux le plus intense de neutrinos provient de la fusion proton-proton, mais ce sont aussi les neutrinos les moins énergétiques, avec une énergie moyenne d’environ 300 keV et un maximum de 430 keV. À l’inverse, les neutrinos issus de la désintégration du bore-8 atteignent des énergies beaucoup plus élevées, avec une moyenne de 8 MeV et un maximum proche de 15 MeV, mais leur flux est environ six ordres de grandeur inférieur à celui du cycle proton-proton. Enfin, certains processus produisent des pics d’énergie, comme la transition \(_{\ }^{7}{Be}\ \rightarrow \ _{\ }^{7}{Li}\ \ \)qui émet des neutrinos à une énergie fixe de 860 keV, représentant environ 10 % du flux total de neutrinos.
Ces valeurs sont consolidées dans le modèle standard du Soleil développé par John Bahcall et Aldo Serenelli en 2005[1]. Ce modèle intègre les connaissances nucléaires, l’abondance des éléments dans le Soleil, les conditions de température et de densité dans le cœur solaire, ainsi que les réactions thermonucléaires et leur rendement en neutrinos. Il fournit ainsi des prédictions précises du flux total et spectral des neutrinos solaires, essentielles pour comparer avec les observations expérimentales.

À partir de la luminosité solaire mesurée sur la Terre (\(L_{\odot} \approx 1.37\text{ }\text{kW/m}^{2}\)) et sachant que la réaction proton-proton libère 2 \(\nu_{e}\ \)pour chaque conversion de quatre protons en hélium-4, il est possible d’estimer le flux de neutrinos émis. La conversion d’énergie montre que le Soleil produit environ \(\mathbf{10}^{\mathbf{38}}\mathbf{\ }\)neutrinos par seconde. Ce flux correspond à environ 60 milliards de neutrinos traversant chaque centimètre carré de la surface terrestre chaque seconde, provenant essentiellement du canal proton-proton.
Les neutrinos solaires, initialement étudiés pour mieux comprendre les mécanismes énergétiques de l’astre, ont rapidement acquis un rôle central en physique fondamentale. Les premières expériences de détection, confrontées à un déficit de \(\nu_{e}\ \)par rapport aux prévisions du modèle de Bahcall, ont révélé le phénomène d’oscillations de neutrinos, confirmant que les neutrinos peuvent changer de saveur en traversant l’espace. Ainsi, l’étude des neutrinos solaires ne permet pas seulement de sonder le cœur du Soleil, mais constitue également une porte d’entrée vers la compréhension de propriétés fondamentales des neutrinos, comme leur masse et leur mélange entre saveurs.
Les neutrinos en astrophysique
Le Soleil n’est pas la seule source de neutrinos observables depuis la Terre. Toutes les étoiles en produisent, mais leur éloignement rend leur flux au niveau terrestre généralement négligeable par rapport à celui du Soleil. Toutefois, certains phénomènes astrophysiques génèrent des flux de neutrinos particulièrement significatifs ou porteurs d’informations uniques sur l’univers.
Trois exemples se distinguent tout particulièrement. Le premier concerne les neutrinos issus du Big Bang, reliquats des premières secondes de l’univers. Ces neutrinos primordiaux, encore présents dans le cosmos aujourd’hui sous forme d’un fond diffus, constituent un témoignage direct des conditions initiales de l’univers et de l’évolution des particules dans les tout premiers instants après le Big Bang. Leur énergie très faible et leur interaction quasi nulle avec la matière les rendent extrêmement difficiles à détecter, mais ils représentent un enjeu fondamental pour la cosmologie et la physique des particules.
Le second phénomène concerne les neutrinos produits lors des explosions de supernovæ, événements cataclysmiques qui marquent la fin de vie de certaines étoiles massives. Lors de ces explosions, la majeure partie de l’énergie gravitationnelle libérée est émise sous forme de neutrinos. Ces neutrinos, beaucoup plus énergétiques que ceux du Soleil, peuvent traverser des distances interstellaires et être détectés sur Terre, offrant une fenêtre unique sur les mécanismes internes des supernovæ. C’est cette production massive qui a permis la première détection de neutrinos provenant d’une supernova, celle de 1987, marquant un jalon historique pour l’astronomie neutrino.
Le troisième phénomène concerne les neutrinos extragalactiques, produits dans des environnements astrophysiques extrêmement énergétiques situés en dehors de notre galaxie. Parmi ces sources, les noyaux actifs de galaxies (AGN) et les interactions de rayons cosmiques ultra-énergétiques avec le fond cosmologique (effet GZK) sont particulièrement notables. Ces processus génèrent des neutrinos de très haute énergie, parfois plusieurs ordres de grandeur supérieurs à ceux des supernovæ, qui peuvent voyager sur des distances cosmologiques sans être déviés ou absorbés. Leur étude permet non seulement d’explorer des conditions extrêmes dans l’univers lointain, mais aussi de tester des modèles de production de particules à énergies très élevées et de rechercher de nouvelles physiques au-delà du Modèle Standard.
Ainsi, bien que leur flux soit plus faible ou plus difficile à observer que celui des neutrinos solaires, ces sources astrophysiques ouvrent des perspectives uniques pour l’étude de l’univers primitif et des processus extrêmes dans les étoiles. Les trois sous-sections qui suivent détaillent ces trois sources majeures : d’abord les neutrinos du Big Bang, puis ceux associés aux explosions de supernovæ, et enfin les neutrinos extragalactiques.
Les neutrinos du Big bang
Les neutrinos du Big Bang sont des reliques des toutes premières secondes de l’Univers. À cette époque, le cosmos était un plasma extrêmement chaud et dense, constitué de photons, de quarks, d’électrons et de neutrinos, tous en interaction constante. Les neutrinos, bien que faiblement interactifs, étaient alors en équilibre thermique avec les autres particules et jouaient un rôle fondamental dans les échanges énergétiques et la dynamique du plasma primordial.
Environ une seconde après le Big Bang, l’expansion rapide de l’Univers a entraîné un refroidissement qui a provoqué le découplage des neutrinos. À ce stade, leur interaction avec la matière est devenue négligeable, et ils ont commencé à voyager librement à travers l’espace. Ces neutrinos primordiaux constituent aujourd’hui le fond diffus de neutrinos cosmiques (CνB, pour Cosmic Neutrino Background), analogue du fond diffus cosmologique en photons (CMB) mesuré à 2,7 K. La température actuelle de ces neutrinos est légèrement plus basse, d’environ 1,95 K, soit une énergie de l’ordre de \(10^{- 4}\ \)eV.
Les principales caractéristiques de ces neutrinos issus du Big Bang sont les suivantes : Les trois saveurs connues (νe, νμ, ντ) sont supposées présentes dans le CνB, distribuées en proportions proches de l’équilibre thermique primordial ; Leur énergie cinétique est extrêmement faible, inférieure aux masses des neutrinos elles-mêmes, ce qui signifie que ces neutrinos ne sont plus relativistes aujourd’hui ; La densité du flux de ces neutrinos est estimée à environ 340 neutrinos par cm³, pour chaque saveur, soit environ 100 milliards de neutrinos par cm³ au total en comptant les neutrinos et antineutrinos.
Ces neutrinos primordiaux, bien qu’invisibles aux détecteurs classiques, exercent une influence cosmologique mesurable : ils contribuent à la densité d’énergie totale de l’univers, influencent la dynamique d’expansion pendant les premières secondes, et modulent la nucléosynthèse primordiale, affectant la proportion d’hélium, de deutérium et de lithium produits. Leur présence est également incluse dans les modèles qui interprètent le fond diffus cosmologique avec une grande précision. La détection directe de ces neutrinos reste un défi majeur, car leur énergie extrêmement faible rend leur interaction avec la matière presque impossible.
Les neutrinos du Big Bang sont les témoins les plus anciens de l’Univers, offrant un aperçu unique des conditions initiales et des processus physiques qui ont façonné la matière et l’énergie que nous observons aujourd’hui. Bien que leur flux soit invisible pour les détecteurs classiques, leur empreinte est confirmée par la cosmologie et la nucléosynthèse primordiale. La détection directe, bien que très difficile, représenterait une photo de l’Univers à seulement une seconde de son origine, fournissant une fenêtre inédite sur les tous premiers instants de notre cosmos.
Les neutrinos associés aux explosions de supernovæ de type II
Les étoiles dont la masse excède une dizaine de masses solaires terminent leur évolution par une gigantesque explosion : une supernova de type II. Lorsque le cœur a transformé successivement l’hydrogène puis l’hélium et les éléments plus lourds en suivant la chaîne de fusion, il finit par atteindre le fer, dont la fusion devient énergétiquement défavorable : le moteur thermonucléaire s’éteint.
La force de gravité provoque alors un effondrement catastrophique du cœur. Les électrons sont capturés par les protons via la réaction \(p + e^{-} \rightarrow n + \nu_{e}\) , formant une étoile à neutrons naissante. Cette réaction, ainsi que les processus thermiques associés, libèrent un nombre colossal de neutrinos : environ \(10^{58}\ \)en seulement 10 secondes, portant 99 % de l’énergie de l’explosion. Leur énergie est typiquement de 20–30 MeV, bien supérieure à celle des neutrinos solaires, et toutes les saveurs (\(\nu_{e},\nu_{\mu},\nu_{\tau}\), et antiparticules) sont produites en proportions comparables.
Dans les toutes premières fractions de seconde, la densité du milieu est si extrême que les neutrinos sont piégés dans l’étoile. Leur diffusion contribue à faire rebondir l’onde de choc, mécanisme crucial de l’explosion. Dès que le cœur devient transparent aux neutrinos, ceux-ci s’échappent brusquement : on parle d’un flash de neutrinos d’une durée d’une dizaine de secondes. Vu de la Terre, la luminosité associés aux neutrinos d’une supernova peut brièvement atteindre \(10^{20}\ \)fois la luminosité des neutrinos du Soleil.
Le 23 février 1987, deux détecteurs géants (Kamiokande au Japon et IMB aux États-Unis) enregistrèrent un excès soudain de 11 + 8 interactions de neutrinos durant environ 12 secondes. Quelques heures plus tard, une nouvelle étoile apparut dans le Grand Nuage de Magellan, à ~160 000 années-lumière de la Terre : la supernova SN1987A venait de s’allumer à nos yeux.
Fait remarquable, les neutrinos furent détectés plusieurs heures avant la lumière visible. Les modèles l’avaient prédit : les neutrinos s’échappent immédiatement du cœur en effondrement, alors que les photons, piégés, mettent plus longtemps à diffuser jusqu’à la surface.
Cet événement a marqué un tournant majeur : il s’agissait de la première détection de neutrinos extragalactiques. A travers cette détection les modèles d’explosion de supernovæ ont pu être validés. Il s’agissait également d’une preuve directe de l’existence des étoiles à neutrons. Masatoshi Koshiba, fondateur et responsable scientifique de Kamiokande, joua un rôle décisif dans la découverte du signal neutrino de SN1987A. Son leadership dans l’astrophysique des neutrinos fut salué par le prix Nobel de Physique 2002.
Depuis 1987, les détecteurs ont gagné en taille et en sensibilité (Super-Kamiokande, IceCube, JUNO…). Une supernova galactique est attendue environ tous les 30 ans, en moyenne. La prochaine fournira des milliers, peut-être des millions, d’événements, offrant un accès sans précédent à la physique du cœur stellaire : mécanismes précis de l’explosion, équation d’état de la matière nucléaire ultra-dense, oscillations de saveurs en milieu dense, formation d’un trou noir ou d’une étoile à neutrons.

Les neutrinos jouent un rôle essentiel dans l’histoire et l’évolution de l’Univers. Présents dès les premières secondes qui ont suivi le Big Bang, les neutrinos fossiles constituent à ce jour les plus anciens témoins de la physique cosmologique, porteurs d’informations uniques sur des énergies et des densités inaccessibles autrement. À l’autre extrémité de l’échelle temporelle, les neutrinos issus des supernovæ traduisent, quant à eux, la fin explosive des étoiles massives, où l’essentiel de l’énergie est libéré sous forme de neutrinos. Leur détection, inaugurée en 1987 avec SN1987A, a fourni une confirmation spectaculaire des modèles d’effondrement gravitationnel des étoiles massives et a ouvert une nouvelle fenêtre d’observation sur les phénomènes cataclysmiques du cosmos.
Les neutrinos extragalactiques
Parmi les sources astrophysiques de neutrinos, certaines proviennent de phénomènes situés bien au-delà de notre galaxie. Les noyaux actifs de galaxies (AGN, pour Active Galactic Nuclei) en constituent un exemple majeur. Ces régions centrales hébergent un trou noir supermassif qui accrète de la matière à grande vitesse. Ce processus d’accrétion génère des jets de particules ultra-énergétiques et des émissions de rayonnement intenses. Dans ces jets, des interactions hadroniques et photoniques peuvent produire des neutrinos de très haute énergie, dont les signatures peuvent être détectées sur Terre malgré leur extrême éloignement.
Depuis quelques années, de gigantesques détecteurs situés dans des environnements naturels comme le glacier antarctique (IceCube) ou les profondeurs marines (ANTARES, KM3NeT) ont commencé à enregistrer des neutrinos d’énergie exceptionnelle, dépassant le PeV (10¹⁵ eV). Pour donner un ordre de grandeur, ces neutrinos sont environ 100 fois plus énergétiques que les protons accélérés au LHC, et plusieurs ordres de grandeur au-dessus de ceux des neutrinos atmosphériques. Ces événements forment un flux distinct du flux atmosphérique dominant, et leur origine cosmique est désormais établie.
Les modèles astrophysiques suggèrent que ces neutrinos proviennent principalement de phénomènes cataclysmiques dans les AGN, où des trous noirs supermassifs avalent des étoiles ou du gaz environnant, émettant des jets de particules collimatées à des vitesses relativistes. Les collisions dans ces jets peuvent générer des pions et des kaons, qui se désintègrent ensuite en neutrinos muoniques et électroniques, créant ainsi un flux observable sur Terre. L’étude de ces neutrinos extragalactiques permet non seulement de cartographier l’activité des AGN, mais aussi de mieux comprendre les mécanismes d’accélération des particules à des énergies inaccessibles aux laboratoires terrestres.
Un autre processus théorique conduisant à la production de neutrinos ultra-énergétiques est lié aux interactions des rayons cosmiques extragalactiques avec le fond diffus cosmologique. L’effet GZK (Greisen-Zatsepin-Kuzmin) prévoit que ces interactions produisent des neutrinos de très haute énergie, parfois appelés neutrinos GZK, offrant une autre fenêtre sur les phénomènes extrêmes dans l’univers lointain.
Ainsi, les neutrinos extragalactiques complètent le panorama des messagers cosmiques. Tandis que les neutrinos du Big Bang restent aujourd’hui inaccessibles à une détection directe et que les neutrinos de supernova sont épisodiques mais relativement énergétiques, les neutrinos issus d’AGN et de processus GZK constituent des sondes uniques des environnements les plus extrêmes et énergétiques de l’univers. Leur observation inaugure l’ère de l’astronomie neutrino multi-messagers, complémentaire de l’astronomie électromagnétique et gravitationnelle, et ouvre la voie à de nouvelles découvertes à l’interface de la physique des particules et de la cosmologie.
Les neutrinos terrestres
Après avoir exploré les plus anciennes et lointaines sources de neutrinos dans l’Univers, revenons désormais à des phénomènes beaucoup plus proches de nous, produits directement dans notre environnement immédiat. La Terre baigne en effet en permanence dans un flux de neutrinos issus de deux mécanismes distincts : les interactions de particules cosmiques dans l’atmosphère et les processus radioactifs naturels à l’intérieur de notre planète.
Les neutrinos atmosphériques sont générés lorsque des rayons cosmiques, essentiellement des protons d’origine galactique ou extragalactique, entrent en collision avec les noyaux de l’atmosphère. Ils produisent alors des gerbes de particules instables, notamment des mésons (pions, kaons), qui en se désintégrant émettent des neutrinos de saveurs électroniques et muoniques, couvrant un large spectre d’énergies qui peut atteindre le GeV ou au-delà. L’étude de ces neutrinos a joué un rôle majeur en physique des particules : c’est en observant leur propagation à travers la Terre que furent mis en évidence les phénomènes d’oscillation des neutrinos et donc leur masse non nulle, découverte récompensée par le prix Nobel 2015.
La Terre elle-même constitue également une source de neutrinos : les géoneutrinos. Ces neutrinos électroniques proviennent des désintégrations β de noyaux radioactifs naturellement présents dans la croûte et le manteau terrestre, principalement l’uranium 238, le thorium 232 et le potassium 40. Leur étude offre une manière unique de sonder l’intérieur de notre planète, et notamment d’estimer la part de la chaleur terrestre qui provient de la radioactivité, une donnée essentielle pour comprendre la dynamique du noyau, le volcanisme et le mouvement des plaques tectoniques.
Ainsi, les neutrinos terrestres se distinguent par leur proximité, leur accessibilité expérimentale et les informations cruciales qu’ils apportent : sur la physique fondamentale d’une part, sur la géophysique profonde d’autre part. Ils constituent une passerelle remarquable entre les plus petites échelles microscopiques et les grands processus planétaires.
Les neutrinos atmosphériques
Les neutrinos atmosphériques sont produits lorsque des rayons cosmiques, principalement constitués de protons d’origine galactique, frappent les noyaux d’azote et d’oxygène de la haute atmosphère. L’atmosphère terrestre joue alors le rôle de bouclier : les particules primaires y interagissent avant d’atteindre la surface.
Ces collisions à très haute énergie, généralement situées autour de 10 km d’altitude, déclenchent des gerbes de particules secondaires, parmi lesquelles des mésons, essentiellement des pions (π±) et des kaons (K±). Leur désintégration est la source principale de neutrinos :
\[\pi^{+} \rightarrow \mu^{+} + \nu_{\mu\ }\text{ et }{\ \mu}^{+} \rightarrow e^{+} + \nu_{e} + {\overset{ˉ}{\nu}}_{\mu}\]
\[\pi^{-} \rightarrow \mu^{-} + {\overset{ˉ}{\nu}}_{\mu}\text{ et }\mu^{-} \rightarrow e^{-} + {\overset{ˉ}{\nu}}_{e} + \nu_{\mu}\]
Chaque pion produit donc deux neutrinos (ou antineutrinos), un muonique puis un électronique. Grâce à la dilatation relativiste du temps, les muons créés parcourent de grandes distances et atteignent le sol, ce qui permet leur détection directe. Leur désintégration continue cependant d’alimenter le flux de neutrinos. Les neutrinos issus des muons sont souvent de plus basse énergie, car une fraction de l’énergie est perdue dans la matière avant leur désintégration.
Les neutrinos atmosphériques couvrent un domaine énergétique très étendu, de quelques centaines de MeV à plusieurs TeV avec un pic d’intensité autour de 1 GeV. La proportion est d’environ deux neutrinos muoniques pour un neutrino électronique en sortie d’atmosphère. On estime qu’un être humain est traversé chaque seconde par environ 100 neutrinos atmosphériques par mètre carré, ce qui est beaucoup plus faible que les neutrinos solaires.
Ils interagissent très faiblement avec la matière et peuvent traverser toute la Terre : on peut donc les détecter arrivant de toutes les directions, y compris après un trajet de plus de 12 000 km à travers le globe.
Dans les années 1990, plusieurs expériences constatent un déficit de neutrinos muoniques provenant du côté opposé de la Terre. Ce déficit s’explique si les neutrinos changent de saveur en se propageant sur une longue distance.
Cette observation, confirmée notamment par Super-Kamiokande en 1998, a constitué la première preuve directe du phénomène d’oscillation des neutrinos, ce qui implique qu’ils possèdent une masse non nulle.
Nous reviendrons plus en détail sur cette découverte dans le chapitre consacré au mécanisme d’oscillation des neutrinos.
La Terre en tant que source de neutrinos
Après les neutrinos issus du Soleil ou de phénomènes cosmiques lointains, il peut sembler surprenant que notre propre planète soit également une source naturelle de neutrinos. Pourtant, la Terre émet en permanence un flux d’antineutrinos, appelés géoneutrinos, provenant de la radioactivité naturelle des éléments lourds présents dans la croûte et le manteau terrestre, principalement l’uranium 238, l’uranium 235, le thorium 232 et le potassium 40. Lors de leurs désintégrations bêta, ces isotopes instables libèrent des électrons (ou positons), de l’énergie thermique et, systématiquement, des antineutrinos électroniques suivant les réactions :
- Uranium 238 :\(\ ^{238}U \rightarrow \ ^{206}Pb + 8\text{ }\alpha + 6\text{ }e^{-} + 6\text{ }{\overset{ˉ}{\nu}}_{e} + Q\)
- Thorium 232 :\(\ ^{232}Th \rightarrow \ ^{208}Pb + 6\text{ }\alpha + 4\text{ }e^{-} + 4\text{ }{\overset{ˉ}{\nu}}_{e} + Q\)
- Potassium 40 :\(\ ^{40}K \rightarrow \ ^{40}Ca + e^{-} + {\overset{ˉ}{\nu}}_{e}\)
Ces désintégrations constituent une source majeure de chaleur interne de la planète, responsable du volcanisme, de la dérive des continents et de la génération du champ magnétique terrestre. La puissance thermique globale dissipée par la Terre est estimée à environ 47 ± 3 térawatts, dont près de la moitié provient de la radioactivité naturelle. Les géoneutrinos sont ainsi des messagers directs des processus nucléaires à l’œuvre dans les profondeurs de la planète, nous parvenant sans être arrêtés, même après avoir traversé des milliers de kilomètres de roche.
Le flux d’antineutrinos terrestres au niveau de la surface est relativement modeste par rapport à celui des neutrinos solaires : quelques millions par centimètre carré et par seconde, avec des énergies typiquement comprises entre 1 et 3 MeV. Ce domaine énergétique se situe entre celui des neutrinos solaires beaucoup plus abondants et celui des neutrinos produits artificiellement par les réacteurs nucléaires, ce qui rend leur détection délicate. Seuls les antineutrinos les plus énergétiques, issus des chaînes de désintégration de l’uranium et du thorium, peuvent être observés grâce à la réaction dite « d’inversion du bêta » dans de grands détecteurs souterrains contenant de l’hydrogène, où l’antineutrino interagit avec un proton pour produire un positon et un neutron.
Grâce à cette technique, l’expérience KamLAND, au Japon, a annoncé en 2005 la première détection de géoneutrinos. Quelques années plus tard, l’expérience Borexino, installée sous le Gran Sasso en Italie, a confirmé ces mesures avec une précision accrue, grâce à l’extraordinaire pureté radiologique de son détecteur. Ensemble, ces expériences ont déjà enregistré plus d’une centaine d’événements, confirmant que notre compréhension de la production de chaleur radioactive terrestre est cohérente avec les observations. Elles ont également permis de mettre fin à certaines hypothèses, comme celle d’un hypothétique « réacteur central » à l’intérieur de la Terre.
Les géoneutrinos ouvrent un champ interdisciplinaire fascinant, à la croisée de la physique des particules et des sciences de la Terre. Ils permettent non seulement d’ausculter des régions profondes inaccessibles par des moyens classiques, mais offrent également la possibilité d’établir une cartographie des flux neutriniques pour mieux comprendre la répartition des éléments radioactifs et la dynamique thermique du manteau terrestre. De futurs détecteurs, comme JUNO en Chine, devraient permettre d’améliorer la précision des mesures et d’explorer plus en détail les contributions du manteau profond, encore mal connues aujourd’hui.
Ainsi, les géoneutrinos montrent que les neutrinos ne sont pas seulement des messagers du cosmos : ils sont également des témoins précieux des phénomènes se déroulant au cœur même de notre planète, révélant son histoire, sa structure et son évolution thermique.
En résumé, la Terre elle-même est une source notable de neutrinos, que l’on peut classer en deux catégories principales. Les neutrinos atmosphériques résultent des interactions des rayons cosmiques avec l’atmosphère, donnant naissance à des gerbes de particules secondaires dont les pions et les kaons se désintègrent en neutrinos muoniques et électroniques. Ces neutrinos parcourent la planète en traversant des milliers de kilomètres de matière sans être absorbés, offrant un laboratoire naturel pour étudier leurs propriétés, en particulier le phénomène d’oscillation.
Les géoneutrinos, quant à eux, sont générés par la radioactivité naturelle des éléments lourds dans la croûte et le manteau terrestre. Bien que leur flux soit beaucoup plus faible que celui des neutrinos solaires, ils fournissent une information unique sur la structure interne de la planète et sur les mécanismes qui régissent sa chaleur interne et sa dynamique.
Ainsi, qu’ils proviennent de l’atmosphère ou des profondeurs terrestres, les neutrinos émis par notre planète confirment que la Terre n’est pas seulement un lieu d’étude de la physique classique, mais aussi un véritable laboratoire naturel pour la physique des neutrinos. Ces sources terrestres complètent l’étude des neutrinos cosmiques et solaires et préparent le terrain pour aborder les sources artificielles de neutrinos, produites dans les réacteurs nucléaires et les accélérateurs, qui constituent aujourd’hui des instruments essentiels pour expérimenter et tester les propriétés de ces particules insaisissables.
Les neutrinos artificiels
Après avoir examiné les neutrinos produits par des phénomènes naturels, qu’ils soient cosmiques ou terrestres, il est important de souligner que l’Homme a également appris à produire et à exploiter des neutrinos de manière contrôlée. Ces neutrinos artificiels constituent aujourd’hui des sources expérimentales essentielles pour étudier les propriétés fondamentales des neutrinos, tester le Modèle Standard et explorer les mécanismes d’oscillation.
Deux types de sources artificielles dominent la recherche : d’une part, les réacteurs nucléaires, qui génèrent un flux intense d’antineutrinos électroniques à partir des désintégrations bêta des produits de fission ; d’autre part, les accélérateurs de particules, qui permettent de créer des faisceaux de neutrinos muoniques ou électroniques, voire tauiques, en produisant et en laissant se désintégrer des mésons à haute énergie.
Ces sources artificielles offrent un contrôle unique sur l’intensité, le spectre énergétique et la distance parcourue par les neutrinos, ce qui les rend indispensables pour des expériences précises, impossible à réaliser avec les neutrinos naturels. Nous examinerons d’abord les neutrinos issus des réacteurs nucléaires, avant de présenter ceux produits dans les accélérateurs de particules.
Les réacteurs nucléaires
Les réacteurs nucléaires constituent aujourd’hui une source majeure et contrôlable de neutrinos, principalement des antineutrinos électroniques (\({\overset{ˉ}{\nu}}_{e}\)). Ces particules sont produites lors de la désintégration bêta des produits de fission des isotopes lourds tels que l’uranium-235, l’uranium-238, le plutonium-239 ou le plutonium-241. Chaque fission libère plusieurs neutrons, de l’énergie thermique, et un certain nombre de noyaux instables qui se transforment en éléments plus légers en émettant un électron et un antineutrino électronique.
Le spectre énergétique des antineutrinos issus des réacteurs est relativement bien connu et s’étend de quelques centaines de keV à environ 10 MeV, avec un maximum d’intensité autour de 3 à 4 MeV. La production d’antineutrinos dans un réacteur est massive : un réacteur de puissance moyenne (environ 3 GW thermique) émet environ \(10^{20}\ \)antineutrinos par seconde, ce qui en fait une source intense pour les expériences de physique des neutrinos.
Ces flux artificiels sont exploités pour diverses applications. Aussi bien dans le cadre d’études fondamentales où les expériences modernes utilisent les réacteurs pour mesurer le spectre et le flux d’antineutrinos avec précision, afin de tester le modèle des oscillations de neutrinos et de contraindre leurs paramètres. Que dans le cadre de la surveillance des réacteurs nucléaires où la mesure à distance des flux d’antineutrinos permet de suivre l’activité d’un réacteur, fournissant un outil non invasif pour contrôler la composition du combustible et détecter toute modification de la puissance.
La caractéristique majeure des antineutrinos de réacteur est qu’ils sont facilement distinguables des neutrinos naturels par leur spectre énergétique et leur direction approximative, ce qui facilite la conception d’expériences et de détecteurs souterrains capables de réduire le bruit de fond.
Les accélérateurs de particules
Les accélérateurs de particules offrent une source artificielle de neutrinos plus directionnelle et énergétiquement contrôlable que les réacteurs. L’idée est simple : produire des neutrinos en faisant interagir des particules à haute énergie avec une cible, et utiliser les produits de désintégration pour obtenir un faisceau de neutrinos.
Typiquement, un faisceau de protons accélérés à plusieurs GeV frappe une cible en graphite ou en métal, produisant des mésons chargés (principalement des pions \(\pi^{\pm}\)et des kaons \(K^{\pm}\)). Ces mésons se désintègrent ensuite selon les canaux suivants :
\[\pi^{+} \rightarrow \mu^{+} + \nu_{\mu},{\ \pi}^{-} \rightarrow \mu^{-} + {\overset{ˉ}{\nu}}_{\mu}\]
\[K^{+} \rightarrow \mu^{+} + \nu_{\mu},{\ K}^{-} \rightarrow \mu^{-} + {\overset{ˉ}{\nu}}_{\mu}\]
Les muons produits peuvent eux-mêmes se désintégrer, générant des neutrinos électroniques :
\[\mu^{+} \rightarrow e^{+} + \nu_{e} + {\overset{ˉ}{\nu}}_{\mu},\ {\ \mu}^{-} \rightarrow e^{-} + {\overset{ˉ}{\nu}}_{e} + \nu_{\mu}\]
Ainsi, les faisceaux contiennent surtout des neutrinos muoniques, avec une petite fraction de neutrinos électroniques. Leur spectre énergétique dépend de l’énergie initiale des protons et de la géométrie du faisceau, allant typiquement de quelques centaines de MeV à plusieurs GeV, voire plusieurs dizaines de GeV pour les installations les plus puissantes.
Ces faisceaux directionnels permettent aux expériences de physiciens de contrôler précisément la distance parcourue par les neutrinos entre leur production et leur détection, un paramètre essentiel pour étudier les oscillations de neutrinos. Les accélérateurs fournissent ainsi un laboratoire terrestre permettant de reproduire et d’étudier les phénomènes de transformation de neutrinos observés à l’échelle cosmique ou solaire, mais avec un contrôle expérimental beaucoup plus fin sur le flux, l’énergie et la direction des particules.
Conclusion
Les neutrinos constituent des messagers uniques de phénomènes variés, depuis les réactions nucléaires au cœur du Soleil jusqu’aux processus les plus énergétiques de l’Univers, en passant par les phénomènes terrestres et les installations expérimentales que l’homme a créées. Chaque source présente des caractéristiques propres, que l’on peut résumer essentiellement par le flux et l’énergie des neutrinos produits.
Le Soleil, par exemple, nous inonde d’un flux gigantesque de neutrinos électroniques, de faible énergie (quelques centaines de keV à quelques MeV), qui traversent notre planète sans difficulté. Les neutrinos astrophysiques issus du Big Bang, des supernovæ ou extragalactiques sont eux plus rares mais, dans le cas des supernovæ, beaucoup plus énergétiques (de l’ordre de plusieurs dizaines de MeV), offrant un aperçu direct des phénomènes cataclysmiques à l’origine de la matière et de l’énergie dans l’Univers.
Les sources terrestres apportent un contraste fascinant : les géoneutrinos, produits par la radioactivité naturelle à l’intérieur de la Terre, sont très faiblement énergétiques et de flux modeste, tandis que les neutrinos atmosphériques, générés par l’interaction des rayons cosmiques avec l’atmosphère, couvrent une large gamme d’énergie et peuvent traverser la Terre entière.
Enfin, les sources artificielles, réacteurs et accélérateurs, offrent un contrôle expérimental unique : des flux relativement intenses, directionnels et avec un spectre énergétique modulable, ce qui permet d’étudier de façon ciblée le comportement des neutrinos et, en particulier, leurs oscillations.
Cette diversité de sources est au cœur des expériences modernes : elle conditionne le choix des détecteurs, la sensibilité nécessaire, et les stratégies d’analyse. Comprendre les flux et les énergies associés à chaque source est donc indispensable pour interpréter les signaux observés et relier les données expérimentales aux phénomènes astrophysiques ou terrestres qui les ont produits.
En ouvrant ainsi une fenêtre sur l’Univers, sur notre planète et sur nos laboratoires, l’étude des neutrinos nous montre combien ces particules, insaisissables et légères, sont en réalité des messagers omniprésents et précieux, capables de révéler des informations inaccessibles par d’autres moyens.

La diversité des sources de neutrinos, tant par leur flux que par leur énergie, souligne la complexité de leur détection. Les neutrinos solaires, très abondants mais de faible énergie, requièrent des détecteurs sensibles à des signaux discrets, tandis que les neutrinos de supernovæ ou atmosphériques, plus énergétiques, peuvent traverser de grandes distances et interagir dans des volumes massifs de matière. Les géoneutrinos et ceux issus des réacteurs ou accélérateurs, avec leurs spectres spécifiques, imposent eux aussi des techniques adaptées. Comprendre ces contraintes a conduit à développer une panoplie de détecteurs spécialisés, capables d’extraire des signaux extrêmement faibles au milieu d’un bruit de fond considérable. Cette diversité expérimentale est essentielle pour explorer les propriétés fondamentales des neutrinos, en particulier leur capacité à osciller entre différentes saveurs, phénomène que le chapitre suivant détaillera à partir des données recueillies par ces instruments.
- John N. Bahcall & A. M. Serenelli, “How do uncertainties in the surface chemical composition of the Sun affect the predicted solar neutrino fluxes?”, The Astrophysical Journal, 626 (1), 530–542, 2005 ↑